Le football réserve parfois des scénarios parfaitement incongrus... Les 21 930 spectateurs venus braver la météo automnale pour cette 16e journée de Division 1 en ont fait l’expérience. Saison 1997-1998, le RC Lens accueille L’AS Cannes au stade Bollaert-Delelis. Sur le papier, cette affiche n’a pas grand-chose d’attrayant : les Lensois sont 6e avant ce match et les Cannois sont positionnés en seconde partie de tableau. Malgré tout, elle s’avérera être une des plus surprenantes de la saison, voire même de l’histoire.
Publié le 12/11/2021 à 16h08
Une 16e journée de championnat qui s'annonçait banale, sous une pluie battante… et qui se termine par 9 buts ! Cette rencontre entre le Racing et l’AS Cannes reste l’une des plus étonnantes de l’histoire du club sang et or. Un scénario dingue, qu’il est bon de revivre, 24 ans après…

Ce sont les Lensois qui allument la première mèche dès la 11e minute. Vladimir Smicer est lancé dans le dos de la défense cannoise après un magnifique tacle de Michaël Debève dans l’entrejeu. D’un centre précis, il sert Anto Drobnjak seul dans la surface qui déclenche une frappe puissante qui vient se loger sous la barre transversale (1-0). C’est un événement car il s’agit du premier but de l’international monténégrin à domicile. Mais à peine le temps de célébrer que Stéphane Ziani double la mise. Vladimir Smicer récupère le ballon après un pressing agressif et le transmet au numéro 10 qui conclut d’un tir à ras de terre qui heurte Sébastien Frey avant de terminer dans les filets (2-0). Deuxième offrande de la partie pour le Tchèque. Les supporters lensois se régalent.
Les Cannois suffoquent et les Artésiens en veulent toujours plus. Sur un corner gauche parfaitement brossé par Stéphane Ziani à la 15e minute, Anto Drobnjak surgit au premier poteau, loin des cages, et place une tête croisée. Barre rentrante pour le doublé (3-0). Les hommes de Daniel Leclercq sont sur un nuage et Bollaert est au septième ciel. Il chavire une ultime fois dans cette première période quelques instants plus tard.
Éric Sikora a du champ devant lui et voit l’appel de Michaël Debève sur l’aile droite. Il lui adresse une longue passe en profondeur depuis son camp et le milieu artésien dépose toute la défense sudiste. D’un centre parfait, il offre le ballon du triplé à Anto Drobnjak qui fait grimper son compteur buts à 7 à ce moment de la saison (15 au final). 4-0. Les Lensois dominent outrageusement les débats et viennent donc d’inscrire la bagatelle de 4 buts en près de 12 minutes. Trop facile ?
À la 37e minute, les Cannois réduisent la marque par l’intermédiaire de Marco Grassi qui rabat parfaitement son coup de tête pour tromper Guillaume Warmuz (4-1). Un but anecdotique… Pas tant que ça pour Daniel Leclercq. Dans un documentaire réalisé par le club sur cette saison mythique, l’entraineur déclare : « On a fait 20 premières minutes de bonne facture puis on a commencé à lâcher et sur le banc il y avait des attitudes négatives ». Le défenseur Yoann Lachor témoigne : « Le coach rentre dans le vestiaire à la mi-temps et nous dit « vous allez perdre le match ». Druide ou devin, personne ne savait à ce moment.
Les Sang et Or démarrent la seconde période comme ils ont terminé la première. Moins concentrés, moins rigoureux et suffisants sur certaines actions. Alors l’AS Cannes en profite pour prendre le contrôle du match. Passé l’heure de jeu, Marco Grassi signe une nouvelle tête, cette fois-ci en pleine lucarne (4-2). L’international suisse va même conclure son récital personnel 3 minutes plus tard d’un lob somptueux depuis l’entrée de la surface de réparation (4-3). « Là on commence à flipper » commente Yoann Lachor. Un vent contraire souffle sur l’antre lensois et ne présage rien de bon.

Et comme un signe du destin, Jean-Guy Wallemme va mettre le ballon dans ses propres cages à la 78e minute sur un geste défensif (4-4). Un scénario inenvisageable qui fait naitre doute et incompréhension dans les travées du stade. Le match est totalement relancé. Heureusement, les Artésiens vont rapidement trouver les ressources mentales et physiques pour reprendre l’avantage. Lancé en profondeur dans un trou de souris par Michaël Debève, l’inévitable Vladimir Smicer se retrouve seul sur le côté gauche de la surface et est fauché par derrière. Penalty pour le Racing. Stéphane Ziani se charge de le transformer d’une frappe plein axe (5-4). Les dix dernières minutes sont irrespirables mais le Racing s’en sort et le score ne bougera plus. Le stade peut souffler.
90 minutes, 9 buts inscrits, un triplé de part et d’autre et une remontée de 4 buts d’écart. Cette rencontre est passée d’une 16e journée de championnat ordinaire à un match de légende qui reste encore dans les esprits aujourd’hui. Dire que le championnat s’est joué à quelques détails près, les Lensois n’auraient peut-être pas été champions en fin de saison s’ils avaient laissé échapper ces 3 précieux points. Encore un coup du destin.